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UN APERÇU DE LA GEOLOGIE DU BOULONNAIS


par A. Holbecq


Présentation géographique

Le Boulonnais comprend trois ensembles :

1/ Le Haut Boulonnais, un plateau crayeux (Crétacé).

2/ Le Bas Boulonnais, une mosaïque de collines et de bas plateaux.

21/ l'escarpement bordier ou cuesta (Crétacé)
22/ la dépression Jurassique
23/ le horst paléozoïque de Marquise / Caffier


3/ Le littoral

31/ la falaise crétacée du Cap-Blanc-Nez
32/ les dunes de Wissant,
33/ le jurassique du Cap-Gris-Nez au Cap d'Alprech,
34/ les dunes et plages d'Hardelot


Le Boulonnais présente une forme de demi-boutonnière ouverte vers l'Angleterre dont les bords surélevés sont crayeux, et l'intérieur argileux et gréseux. Dans le paysage on distingue parfaitement, les champs ouverts relativement secs du haut boulonnais, du bocage humide du bas boulonnais, notamment au point d'observation de la cuesta de Nabringhen. Et dans cette dépression, au Nord, affleurent des terrains primaires du horst paléozoïque dévonocarbonifère de Ferques, avec ses exploitations de "marbres" du Boulonnais.


LE HAUT BOULONNAIS

Ce plateau crayeux culmine à 208 m au signal des Harlettes et se maintient entre 175 et 200 m d'altitude sauf au nord (120 m à Landrethun). Dans la craie, on peut voir des poches de dissolution remplies d'argile à silex, avec des sables tertiaires remaniés. La couverture de loess est mince mais générale. A la base, on trouve des sables grés et argiles. Le crétacé est divisé en C. inférieur (sables grés argiles) et en C. supérieur (craie et marnes).

AU CRETACE INFERIEUR

On trouve les étages : Wealdien, Aptien inf.et sup., Albien inf.moy.et sup. Après un épisode continental au Wealdien, la mer finit par atteindre la région à l'aptien inférieur, déposant ce qui est devenu le grès calcareux et glauconieux de la formation du Cat-Cornu, avec ses nodules phosphatés riches en ammonites dans le sud du Boulonnais. A l'aptien supérieur, la mer progresse, mais on reste en zone infralittorale (témoins les huîtres fossiles). On trouvera soit des sables glauconieux (sud Boulonnais) soit, au dessus, des sables blancs à stratifications obliques et des argiles noires continentales qui marquent une tendance régressive, c'est la formation de Verlincthun. Dans la formation de Wissant les sables argilo-glauconieux gris à lits de gros nodules gréso-phosphatés recèlent quelques fossiles, notamment l'ammonite Hypacanthoplites marquant une nouvelle transgression marine. Puis arrive la formation des Gardes (albien inf.) avec ses sables glauconieux encadrés par deux niveaux de phosphates, dit P1 et P2, riches en ammonites (Beudanticeras, Douvilleiceras, Cleoniceras), et en cristallisations de pyrite, incrustant les nodules phosphatés. Malheureusement ces niveaux sont actuellement ensablés et les fossiles bien "cachés" par Dame Nature. La formation de St Pô de l'Albien moyen et supérieur, aussi connue sous le vocable de Argiles du Gault, est bien connue des collectionneurs de fossiles car très riche en ammonites pyriteuses ou phosphatées. On trouvera entre les niveaux phosphatés dit P3 et P5 Inoceramus concentricus, et les ammonites Hoplites, Euhoplites, Anahoplites, Dimorphoplites, Métaclavites.

Au dessus du P5 et jusqu'au P6, on trouvera les très fréquents Inocéramus sulcatus, reconnaissables à leurs fortes cotes rayonnantes, et de nombreuses ammonites Brancoceratidae, Hysteroceras, Prohysteroceras, Pervinquieria.

A noter, pour la culture générale, et comme preuve de l'évolution, la présence du beaucoup plus rare Inocéramus subsulcatus possédant à la fois les stries concentriques de I. concentricus et les cotes rayonnantes d' I. sulcatus.

N'oublions pas de mentionner ce que le profane prendrait pour des boulons sans tête à savoir, des fragments d'ammonites déroulées les Hamites, et des petites pointes " en forme de balle", qui sont des rostres de petites bélemnites Néohibolites. Mais on trouve aussi dans le Gault des gastéropodes comme Natica gaultina et Perrissoptera parkinsoni, et Nummocalcar fittoni, le nautile Pseudocenoceras, etc.

Il y a aussi des lamellibranches comme les Plicatula, Nucula (pectinata, albensis, planata), des Protocardia, des coraux comme Trochocyathus, Parasmilia, Neithea, Lucina, Entolium, et des brachiopodes, tel Burrirhynchia, Praelongithyris, Loriothyris, Cyclothyris deluci, Moutonithyris dutempleana, des vers comme Glomerula, Rotularia, et des dentales ainsi que de très rares dents de requins de type Cretoxyrhina, des crabes Etyus martini et Notopocorystes stockesi, des crinoïdes…

A cela succède la formation de Lottinghen de l'Albien supérieur avec une glauconite, puis de l'argile gris-clair. Cette formation n'existe pas sur le littoral de Wissant, mais au sud du Boulonnais elle est constante. Elle ne contient que des microfossiles abondants (foraminifères).

En conclusion, la mer a eu des allées et venues successives pendant le crétacé inférieur, débordant de plus en plus vers l'Est.

AU CRETACE SUPERIEUR

Une grande transgression marine va couvrir l'Europe occidentale en déposant essentiellement de la craie. Dans le Boulonnais, on trouve les étages Cénomanien, Turonien, Coniacien et Santonien inférieur (-96Ma à -87Ma). En Normandie et en Champagne, on trouvera le Santonien complet et le Campanien, tandis que pour trouver du Maastrichtien, il faut aller en Belgique (Bassin de Mons) ou dans le Cotentin. Pur se repérer dans la lithologie on utilise les niveaux marneux, les hard-grounds et les niveaux à silex. Les marnes reflètent des évènements anoxiques de courte durée mais très étendus, les hard-grounds sont des craies dures et noduleuses témoignant d'un arrêt de sédimentation dus à l'arrivée de courants, les silex se présentent en rognons ou en remplissage de terriers. Mais pour se repérer, on utilise aussi des repères paléontologiques comme l'apparition ou disparition de macrofossiles (ammonites, brachiopodes, inocérames, oursins, ou de microfossiles). Trois sites ont permis d'établir une coupe stratigraphique du crétacé supérieur : le Cap Blanc-Nez, la voie de chemin de fer de Caffier, et la carrière de Coquelles.

LA CRAIE CENOMANIENNE (-96 à -92 MA)

Entre Wissant et Sangatte, ou plus précisément entre le Petit Blanc-Nez et le Grand Blanc-Nez, grâce aux éboulis et aux affleurements des bancs crayeux, on peut suivre la succession des strates sauf si un ensablement recouvre l'estran, ce qui arrive malheureusement trop souvent. Le cénomanien débute avec une craie glauconieuse verdâtre, suivie de marnes gris-verdâtre, puis de gros bancs de craie blanc grisâtre, et enfin un niveau marneux à Actinocamax plenus surmonté par de la craie noduleuse. On distingue de bas en haut, et donc du plus ancien au moins ancien les formations suivantes : de Strouanne, du Petit Blanc-Nez, du Cran, d'Escalles, des Crupes, et du Grand Blanc Nez niveau "a". Ensuite on passe au Turonien.

Formation de Strouanne

Deux mètres de craie glauconieuse se présente en deux bancs à la base du petit Blanc-Nez que l'on repère très aisément grâce aux fossiles d'éponges "labrosa". Parmi les macrofossiles on trouvera aussi les ammonites Neostlingoceras carcitanense, Schloenbachia varians, Mantelliceras mantelli , le nautile Eutrephoceras, Inoceramus crippsi, Moutonithyris dutempleana. Ce faciès glauconieux de base du cénomanien est aussi connu des mineurs de charbon sous le nom de "Tourtia".

Formation du Petit Blanc Nez

25 mètres d'alternances marno-crayeuses. 14 bancs épais de 1 à 2 m se succèdent du Petit Blanc-Nez au pied du Cran d'Escalles. La teinte est bleutée pour la marne et passe au gris clair pour la craie marneuse. Le sommet de chaque banc est souligné par les éponges Plocoscyphia labrosa. Les marnes sont traversées par des chondrites (= terriers millimétriques). Dans les bancs supérieurs, on peut trouver le minéral pyrite qui se présente en nodules radiés .

Le sommet de cette formation est souligné par un niveau de sources car elle est plus imperméable que la craie sus-jacente. C'est dans cette "bleue" de la formation du Petit Blanc-Nez que l'on a foré le tunnel sous la Manche.

Les macrofossiles sont les ammonites Hypoturrilites gravesianus, Schloenbachia varians, Mantelliceras mantelli, Mantelliceras cantianum, M. saxbii, Acompsoceras sarthense, les inocérames I. crippsi et I. virgatus, les oursins Holaster trecensis et Cidaris vésiculosa, le brachiopode Cyclothyris polygona.

Le dernier banc affleure juste au niveau supérieur du blockhaus du cran d'Escalles mais déjà apparaissent Turrilites costatus et Acanthoceras rhotomagense indiquant le début du Cénomanien moyen.

Formation du Cran d'Escalles

7,5 m de craie plus ou moins granuleuse, avec des hard-grounds, elle s'expose sur le flanc nord du Cran d'Escalles, et on la retrouve son sommet au pied du Grand Blanc-Nez au sud du grand éboulis.

Les fossiles sont de petites rhynchonelles Grasirhynchia martiniana, Orbirhynchia mantelliana, de nombreuses ammonites telles Acanthoceras rhotomagens, Turrilites costatus, Schloenbachia, le nautile Euomphaloceras cunningtoni, des centaines de Sciponoceras baculoïde, Inoceramus crippsi et virgatus, l'oursin Holaster subglobosus.

Formation d'Escalles

Elle correspond à 31m de puissance de craie grisâtre datant du Cénomanien moyen et du Cénomanien supérieur. On peut y accéder par le flanc nord de l'éboulis du Grand Blanc Nez, et sur l'estran jusqu'à Sangatte. Dans sa moitié inférieure, on relève de bas en haut : un lit marneux plutôt mince, un banc crayeux et 12m au dessus de la base, un hard-ground phosphatisé. Les fossiles de ce cénomanien moyen sont les ammonites Acanthoceras rhotomagense à la base, remplacée au sommet par Acanthoceras jukesbrownei, Inoceramus crippsi, assez rares, l'oursin Holaster subglobosus. A la moitié supérieure datée du Cénomanien supérieur correspondent les fossiles suivants : l'ammonite Clycoceras naviculare (rare), l'Inoceramus pictus (rare), l'oursin Holaster nodulosus.

Formation des Crupes

Mince niveau d'une trentaine de centimètres daté du Cénomanien supérieur, c'est le fameux niveau repère à Actinocamax plenus (une belemnite), il est aisément repérable car il forme une encoche. On peut y accéder au sommet de l'éboulis du Grand Blanc-Nez, et on le retrouve sur l'estran, 1km avant d'arriver à Sangatte. Ces marnes caractérisent un épisode anoxique avec baisse du niveau de la mer puis formation de hard-ground. On y trouve les ammonites: Sciponoceras gracile, Calycocera naviculare, Metoioceras geslinianum, Euomphaloceras septenseriatum, la bélemnite Actinocamax plenus, et Inoceramus pictus.

Niveau " a " de la Formation du Grand Blanc Nez

C'est le début de la craie noduleuse sur une puissance de 1,50 m. Elle date de la fin du Cénomanien. C'est une craie jaunâtre à nodules durs, avec des hard-grounds, et peu de fossiles malgré la présence de Sciponoceras bohemicum, et d'Inoceramus pictus. Une passée marneuse la termine.

La craie Turonienne (-92 à -88 millions d'années)

Visible entre le Grand Blanc Nez et Sangatte elle est cependant inaccessible autrement que par les éboulis.

Mais un relevé a été fait sur ses 66 mètres de puissance. On distingue 5 niveaux successifs : le "b" et le "c" de la formation du Grand Blanc-Nez, puis la formation des Mottelettes, celle du Guet et celle du pont de Caffier.

Le niveau " b " de la FGBN a une épaisseur de 9,50 m c'est de la craie noduleuse du Turonien inférieur que l'on distingue au dessus deux niveaux à Actinocamax plenus. De grands blocs éboulés fournissent matière pour extraction de fossiles parmi lesquels on trouvera des ammonites comme Mammites nodosoïdes, de grandes Lewesiceras peramplum de 30 à 80cm de diamètre, et plus rarement Metasigaloceras rusticum, et Fagesia catina. On y trouvera aussi des inocérames (labiatus , hercynicus mytiloides, schoendorfi), et des échinodermes comme Dorocidaris granulata, Discoidea minima, Conulus subrotendus, et les brachiopodes Orbirhynchia cuvieri, Gibbithyris grandi.

Le niveau " c " de la FGBN est constitué d'une craie subnoduleuse sur 8 m d'épaisseur, elle date du turonien moyen. On y observe des nodules durcis pris dans une craie à filets marneux verdâtres. Les Lewisiceras se font plus rares, tandis que Collignoniceras woollgari apparaît. On y a trouvé, rarement, le poisson Hoplopteryx lewecensis.

La formation des Mottelettes

Il s'agit de 24 m de craie marneuse, blanc-grisâtre, granuleuse, du Turonien moyen, contenant peu de macrofossiles. Elle recèle à sa base encore quelques Collignoniceras woolgari, l'Inocérame lamarcki, les oursins Discoidea minima et Conulus subrotundus, les brachiopodes Térébratula rigida, Gibbithyris semiglobosa et G. subrotunda.

La formation du Guet

Ce sont 12 m de craie blanche et granuleuse à rares silex digitiformes. Les macrofossiles sont rares : Sciponoceras bohemicum, les Inoceramus lamarcki, securiformis et vancouverensis, les oursins Micraster corbovis, Micraster leskei, Conulus subrotundus et Sternotaxis planus.

Membre du Pont de Caffier

Craie blanche à rognons de silex, à niveaux marneux et hard-grounds sur 18m d'épaisseur. Elle est datée du Turonien moyen, supérieur et du Coniacien. Ces hard-grounds sont très fossilifères en ammonites et oursins du Turonien supérieur. Ce sont les ammonites Subprionocyclus neptuni, Lewesiceras mantelli, Scaphites geinitzi, Hyphanthoceras reussianum, les Inocérames walterdorfensis, schloenbachi, inconstans, mantelli, les oursins Micraster decipiens, et le brachiopode Gibbityris subrotundus.

Pour trouver de la craie plus récente, du Coniacien et du Santonien, il faut aller voir la tranchée de chemin de fer au nord de Caffier, ou la carrière de Coquelle.

La craie

C'est une roche sédimentaire qui résulte de l'accumulation de petites algues, unicellulaires, microscopiques : les coccolithophoridés, dont la " coquille " s'appelle coccolithe. Leur accumulation pendant des millions d'années a permis l'enfouissement des coquilles de macro-fossiles comme les ammonites, les inocérames et les oursins. Ces nannofossiles de 10 microns (=0,01mm) sont associés à des microfossiles un peu plus grands, des foraminifères et des ostracodes, très utiles pour dater les terrains. A l'époque, les coccolithes se déposent au fond d'une mer épicontinentale assez calme, chaude et peu profonde.

Il peut même y avoir des arrêts de sédimentation. Le taux de sédimentation a été calculé : en moyenne 1,7cm / 1000 ans au Cénomanien et 1 à 3cm / 1000 ans au Turonien. Cela donne une moyenne pour l'ensemble du Crétacé supérieur en Europe occidentale de 2cm / 1000ans.

Les minéraux de la craie et des marnes crétacées

Les fissures de la craie de certains blocs effondrés du Grand Blanc-Nez recèlent des cristaux aciculaires, très courts, d'aragonite jaunâtre ayant la propriété d'émettre une vive fluorescence blanche aux UV Long. La calcite aussi peut apparaître en filons, ou dans des galets. Mais le Cap Blanc-Nez est surtout connu pour ses pyrites et ses merveilleuses marcasites.

On entretient une idée fausse à propos de la marcasite (qui doit bien s'écrire avec un seul "S"). En effet, les nodules fibroradiés classiques et nombreux sur l'estran du Grand Blanc-Nez, sont des nodules de PYRITE et non pas de marcasite.

Les agrégats de pyrite du cap Blanc-Nez naissent à partir de la cristallisation de cristaux cubiques ou octaédriques ou en dodécaèdres pentagonaux disposés au hasard, suivie d'une sélection géométrique suivant la direction de {001}. Ces formes cristallines appartenant au système cubique, ne sont absolument pas compatibles avec la marcasite qui cristallise dan le système orthorhombique !

Cependant il est parfois très difficile pour un œil non exercé de faire la différence entre un octaèdre de pyrite et une dipyramide orthorhombique de marcasite.

Le lieu dit "mine d'or", dans les argiles du Gault a livré, avant d'être ensablé, de nombreux nodules de phosphate noirs et fossilifères mais aussi des pyrites cristallisées, et des nodules grisâtres et denses de barytine sédimentaire.

Les nodules de pyrite ont été analysés en lame mince et aux rayons X. Tout ceci a confirmé qu'ils sont bien constitués de pyrite et non de marcasite. Pyrite et marcasite peuvent coexister sur le même échantillon. La confusion est entretenue par la référence … L'ouvrage d'Alfred Lacroix " Minéralogie de la France et des territoires d'outremer " il affirme, à tort, que la "région en France qui fournit les plus remarquables échantillons de marcasite est le Bas Boulonnais. Ce minéral abonde dans toute la ceinture de craie cénomanienne qui lui sert de limite. Le gisement le plus intéressant au point de vue de l'abondance et de la beauté des cristaux est le Cap-Blanc-Nez". Or, le Bas Boulonnais est Jurassique et ne donne pas ces nodules de pyrite et encore moins ces superbes marcasites. La craie cénomanienne n'appartient pas au Bas Boulonnais jurassique puisqu'elle date du Crétacé supérieur. Quand à l'abondance des marcasites, tous ceux qui en ont cherché savent que ce n'est pas le cas et que l'abondance concerne les nodules de pyrite fibro-radiés. Des analyses (diffractogrammes RX de poudre de pyrite) ont prouvé sans aucun doute la nature des nodules de pyrite qui eux sont beaucoup plus fréquents en effet.


LE JURASSIQUE DANS LE BOULONNAIS

I : Le Dogger ou Jurassique moyen en marnes, et calcaires du Bajocien au Bathonien

II : le Callovien : les marnes et les argiles

III : le Malm ou Jurassique supérieur :

- l'Oxfordien
- le Kimméridgien
- le Portlandien ou tithonien



I.1 Bajocien supérieur

Ces terrains reposent en discordance angulaire sur les terrains primaires pénéplanés. Ce sont les sables d'Hydrequent peu fossilifères, puis les marnes sableuses et les argiles calcaréosableuses appelées "d'Hydrequent" avec des fossiles d'huîtres (Ostrea hebridyca), des lamellibranches (Modiola), des gast‚ropodes, des oursins (Clypeus milleri, Nucleolites woodwardi, Acrosalenia hemicidaridoides), et surtout les brachiopodes (Epithyris oxonica = Terebratula maxillata), un nautile (Cenoceras foordi = Nautilus inornatus, caractéristique de cet étage).

I.2 Le Bathonien inférieur et moyen

Calcaire de Rinxent et Oolithe de Marquise (10m et 7m d'épaisseur). Ce calcaire est riche en brachiopodes tels les rhynchonelles Kallirhynchia concinna, et en térébratules (Terebratula globata), avec les oursins Clypeus ploti, Echinobrissus woodwardi et E.clunicularis, l'ammonite Procerites laeviplex, et le nautile Procymatoceras subcontractum.

L'oolithe de Marquise ne contient aucun céphalopode mais de nombreuses rhynchonelles, comme Burmirhynchia hopkinsi aux valves fortement bombées et décorées de 25 à 30 cotes, elle caractérise le Bathonien moyen. Cette oolithe s'est déposée sur une plate-forme de mer épicontinentale peu profonde et agitée, annonçant une régression probablement, alors que le calcaire de Rinxent correspond à un milieu marin plus profond et calme.

Le Bathonien supérieur et la base du Callovien sont représentés par les marnes des Calhaudes, le calcaire des Pichottes. Dans les marnes des Calhaudes, on trouve des rhynchonelles caractéristiques du Bathonien supérieur, Burmirhynchia elegantula et Kallirhynchiayaxleyensis, ainsi que l'oursin Acrosalenia lamarckii.

Dans le calcaire des Pichottes, à la base (fin du bathonien terminal) de nombreuses ammonites, telles Clydoniceras et Delecticeras, ainsi que des brachiopodes, comme Cererithyris, Kallirhynchia, Obovothyris, Eudesia, Dictyothyris, quelques lamellibranches, avec Homomya, Pholadomya, et des oursins, avec Echinobrissus, Holectypus. Cette faune pélagique et benthique abondante, bien conservée témoigne d'un milieu

II Au Callovien: la transgression marine s'accentue

Elle est marquée par un épais dépôt argileux: riche en céphalopodes pélagiques, avec un milieu encore plus profond et plus calme. On distingue de bas en haut :

- Les marnes ferrugineuses de Belle
- Les argiles de Montaubert
- Les argiles du Coquillot

II.1 Les marnes ferrugineuses de Belle

C'est le sommet du Callovien inférieur. Elles sont très fossilifères, beaucoup d'ammonites à caractère sub-boréal, telles Sigaloceras, Kepplerites Proplanulites, Cadoceras, et beaucoup de lamellibranches, mais pas d'échinodermes, ni de brachiopodes. Ces marnes sont brunes et riches en oolithes.

II.2 Les argiles de Montaubert

Elles datent du Callovien supérieur, d'après les rares ammonites Spinikosmoceras ornatum contenues. Au sommet de cette couche on trouve des niveaux indurés riches en Serpula vertebralis. Le callovien moyen est absent.

II.3 Les argiles du Coquillot

Elles correspondent au passage du Callovien à l'Oxfordien, en débutant avec un calcaire argileux à Quenstedtoceras lamberti et Q. ordinarium indiquant la fin du Callovien. Elles sont couvertes par 6 à 19 mètres d'argiles oxfordiennes à petites ammonites pyriteuses : Cardioceras, Taramelliceras, Lissoceras.

Au Jurassique moyen du Boulonnais, tout le boulonnais est marin à cette époque. Mais des dépôts détritiques informent de la proximité de terres émergées. Le climat est influencé de façon boréale comme en témoigne l'abondance des ammonites Cardiocéras et Kosmocéras. Les espèces méridionales sont rares (Macrocéphalitidés) ou absentes (Tulitides et Reneckeidés). Au Callovien supérieur la tendance s'inverse (arrivée des Hecticocératidés).

Beaucoup d'ammonites à sutures simplifiées comme les Clyonicératidés et les Kosmoceratidés, et des Proplanilitidés témoignent d'un milieu peu profond mais non superficiel, au Bathonien supérieur et au Callovien inférieur.

III LE JURASSIQUE SUPERIEUR

Il comprend 3 époques géologiques ici :
- Oxfordien
- Kimméridgien
- Tithonien


III.1 l'Oxfordien

D'abord régressif avec 2 séquences :

III.1.1/ l'oxfordien inférieur : argiles du Coquillot ou de la Liégette, marnes et calcaires à Millericrinus horridus, et les calcaires d'Houllefort(déjà de l'oxfordien moyen).

III.1.2/ l'oxfordien moyen des argiles de Selles, les calcaires du Mont des Boucards.

Puis transgressif avec deux séquences :

III.1.3/ l'oxfordien supérieur : argiles à Ostrea subdeltoidea et calcaires de Brucquedal.

III.1.4/ l'oxfordien terminal : grès de Brunembert et l'oolithe de Hesdin l'Abbé.

III.1.1/ L'oxfordien inférieur

Les argiles du Coquillot ou de la Liégette sont pyriteuses, gris foncé, sans serpules, et les petites ammonites pyriteuses y abondent : Cardioceras, Taramelliceras, Lissoceras. Les marnes et calcaires sont noirâtres et contiennent des huîtres roulées et encroûtées, ainsi que des débris de crinoïdes, et des Cardioceras.

Les calcaires d'Houllefort débutent l'oxfordien moyen. Un banc tendre et blanc surmonté d'un banc ferrugineux riche en serpules, et très fossilifère : Cardioceras densiplicatum, Dichotomosphinctes antecedens, Perisphinctes chloroolithicus et des polypiers (Thamnastrea).

III.1.2/ L'oxfordien moyen

Les argiles de Selles sont gris foncé, pyriteuses, on les observe dans les talus routiers, elles contiennent Serpula goldfussi, et l'huître Gryphaea dilatata, et elles sont assez épaisses : 40 à 45 m de puissance.

Les calcaires du Mont des Boucards sont épais de 10 à 15m. Ils sont de couleur crème avec des lits de marnes bleuâtres. Les fossiles sont Thamnastrea,Cercomya excentrica, Isocardia striata, Rhynchonella pectunculoides et des ammonites : Perisphinctes, Dichotomosphinctes, Thamnastrea, Orthosphinctes, Dichotomoceras.

III.1.3/ L'oxfordien supérieur

Argiles à Ostrea subdeltoidea et calcaires de Brucquedal.

8m d'argiles noires pyriteuses + 12m d'argile à Ostrea subdeltoidea, noires et à nodules de sidérite et lits d'oolithes ferrugineuses, + 6 à 8 m de calcaires de Brucquedal à polypiers, très fossilifères : Cidaris florigemma, Apiocrinus, Dichotomosphinctes wartae, Amoeboceras ovale, caractéristiques de l'oxfordien moyen et de la base de l'oxfordien supérieur.

III.1.4/ L'oxfordien terminal

Les grés de Brunembert sont carbonatés, très durs de couleur brun à roux, ils passent de plaquettes gréseuses à des calcaires gréseux roux, et à un poudingue (Bazinghen), ils ne sont plus visibles en affleurement.

L'oolithe de Hesdin l'Abbé : c'est un calcaire oolithique blanc crème qui passe à un poudingue parfois. Cela peut être aussi une marne riche en oolithes de 10m d'épaisseur et très fossilifère : Zeilleria egena, Nerinea goodhalli, Trigonia papillata, Pygurus blumenbachi, et l'ammonite Decipia. On peut voir son affleurement le long de la RN1.

III.2.1 Le Kimméridgien inférieur

Les caillasses d'Hesdigneul

Ce sont des argiles noires à huîtres, puis un calcaire compact avec interlits marneux et quelques séquences oolithiques, les fossiles sont peu fréquents : Périsphinctes, Razenia, Zeilleria, Harpagodes.

Les calcaires de Brequerecque

Calcaires argileux de couleur claire, épais de 15m riches en figures sédimentaires témoignant d'un milieu marin superficiel, confirmé par des fossiles benthiques de milieu très peu profond : Nanogyra striata (= exogyra virgula), Pholadomia protei, Mactromya rugosa.

III.2.2 Le Kimméridgien supérieur

On peut parfaitement l'observer sur la coupe naturelle constituée par les falaises jurassiques du littoral, du Cap de la Crêche à Audresselles.

Les argiles du Moulin Wibert ont une puissance de 20m, elles contiennent des bancs indurés marneux à la base, et des calcaires vers le sommet à lumachelle de Nanogyra striata. On y trouve les ammonites : Aspidoceras orthocerum, Aulacostephanus. Cette faune caractérise un retour à un milieu plus calme et plus profond.

Ces ammonites Aulacostephanus, sont trouvées brutes, puis travaillées en les usant avec de petites meules on obtient un magnifique résultat.

Les sables et grés de Connincthun affleurent au Cap de la Crêche soit sous forme de sables et de grés guconieux à ciment carbonaté soit de sables argileux noirs. On peut y trouver des cristaux de gypse de 1cm. Le milieu devient très superficiel voire à la limite de l'émersion (figures sédimentaires et gypse).

Les calcaires du Moulin Wibert sont une alternance de calcaires durs et d'argiles tendres. Les fossiles contenus sont : Nanogyra, Trigonia rigauxi, Gervilla kimmeridgiensis et Physodoceras caletanum. Près de Tardinghen, ils se présentent en lentille de calcaire à polypiers et oursins.

III.2.3 et III.3 Le Kimméridgien final et le début du Tithonien (ex Portlandien)

Représentés par les sables et grés de Châtillon ou d'Audresselles, puis les argiles feuilletées de Châtillon.

Les sables et grés de Châtillon : ce sont des grés plus ou moins bien cimentés contenant parfois des ammonites Aulacostephanus. On les a aussi nommés grés à Pygurus (un oursin).

On peut observer ces terrains aussi à Audresselles, au cran du Noirda (au nord de la localité).

En longeant les falaises au Nord d'Audresselles, à partir du cran du Noirda, on peut bien observer les grés et les argiles de Châtillon. La partie supérieure des grés de Châtillon est constituée de grès et de sables moyens à grossiers, pluridécimétriques à laminations obliques en auge et les rides appelées "ripple-marks" formés sous une faible tranche d'eau, sous l'action de la houle. La transition avec les argiles de Châtillon se fait par l'intermédiaire d'un banc carbonaté à surface inférieure ondulée qui marque un approfondissement du milieu. Cette discontinuité correspond à une surface de transgression. Au dessus on observe des argiles plus ou moins sableuses et un banc calcaire gréseux très riche en bioturbations qui traduisent un arrêt ou un ralentissement de la sédimentation. Au dessus de ce banc, on observe la présence d'argiles très sombres riches en matières organiques déposées dans un milieu calme relativement profond en dessous de la zone d'influence des houles. En remontant vers le nord et après avoir dépassé une faille, on atteint la partie moyenne des argiles de Châtillon et la limite entre le Kimméridgien et le Tithonien. Celle-ci est marquée par un banc de calcaires gréseux surmonté par des argiles feuilletées riches en matières organiques et présentant des intercalations gréseuses correspondant à des tempestites. Ces stratifications en mamelons caractérisent des dépôts mis en place sous l'influence de houles de tempêtes.

Les argiles feuilletées de Châtillon, sont très fossilifères : on y trouve les ammonites Aulacostéphanus pseudomutabilis, Physodoceras longispinum, Nanogyra striata, Trigonia variegata, Pholadomia multicostata, Gervillia kimmeridgiensis.

Nombreux sont les affleurements que l'on retrouve aussi au Cap Gris Nez sur la plage de la Sirène.


Bibliographie :

"Règne Minéral" N°25 janvier 1999 pp29 à 41,
"Minéraux et Fossiles" N°321 Oct 2003 pp24 à 32,
"ExtraLapis", la revue allemande, N°11 "Und Markasit" 96 pages,
"Mineralocal Record" juillet-août 1976 : "Morphology of the pyrite aggregates from cap Blanc-Nez", by Paul Tambuyser , pp181.



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La géologie est la science qui traite de la composition, de la structure, de l'histoire et de l'évolution des couches internes et externes de la Terre, et des processus qui la façonnent. La géologie est une discipline importante parmi les sciences de la Terre. Associée à des méthodes de datation radiochronologiques et des études de météorites, elle a permis de déterminer l’âge de la Terre, que l'on estime actuellement à 4,57 milliards d'années. Elle intervient, en même temps que la géophysique appliquée, dans la recherche et/ou l’exploitation des ressources naturelles notamment le pétrole, le charbon, les minerais, les pierres précieuses et semi-précieuses et l'eau. Dans son acception actuelle, le terme géologie fut utilisé pour la première fois en français en 1751 par Diderot et créé en italien en 1603 par Aldrovandi. Le mot géologue est utilisé en 1799 par Jean André Deluc ; il fut fixé l’année suivante par Horace-Bénédict de Saussure.

La minéralogie est la science qui étudie les minéraux. Un minéral est une substance formée naturellement, généralement inorganique, exceptionnellement organique. Un minéral donné est caractérisé par une formule chimique et une structure cristalline, c'est-à-dire respectivement par la nature des atomes qui le composent et leur agencement dans l'espace. La minéralogie concentre les diverses approches d'étude des minéraux sur ces bases théoriques.

La paléontologie est la science qui étudie les restes fossiles des êtres vivants du passé et les implications évolutives de ces études. Paléontologue au travail. Patience et minutie sont deux qualités indispensables au paléontologue lors de la mise à jour et l'étude des fossiles. Les muséums d'histoire naturelle jouent, avec les universités un rôle majeur dans la conservation des collections et leur présentation au public.On distingue deux principales formes de paléontologie :

La paléontologie systématique : son objectif premier est le développement de phylogénies sur la base d'observations scientifiques. Pour le néophyte, la paléontologie s'arrête souvent à cette seule partie descriptive des fossiles.

La paléontologie générale ou fondamentale : les paléontologues s'intéressent alors aux problèmes généraux dégagés par la démarche systématique, aux associations entre les êtres vivants disparus et/ou actuels, à leurs évolutions, bref, à l'évolution au cours des temps géologiques.
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