Météorite…
Par Frédéric Delporte, avec des textes d'Alain Carion,
docteur es Sciences, tiré de son ouvrage "météorite", avec
son aimable autorisation.
Article réalisé pour le guide de visite de l'exposition-bourse
"Fossilium" de Villeneuve d'Ascq, en complément de l'exposition
d'une partie de la collection de météorites d'Alain Carion, en
novembre 2001.
Quelques définitions :
Dérivant du Grec "meteoros", élevé dans les
airs, le terme de météorite désigne un corps solide (roche,
métal, mélange des deux) venant de l'espace et atteignant le terre.
Certains corps solides extraterrestres arrivent au voisinage de la terre mais,
soit constitués de gaz solidifiés à la très basse
température interstellaire, soit masse infime, ils se vaporisent dans
la haute atmosphère, ne se signalant que par une traînée
lumineuse fugace, vers 120km d'altitude : ce sont les météorides,
le phénomène lumineux s'appelant météore.
Ce n'est qu'à partir d'une certaine masse que le corps extraterrestre
va traverser l'atmosphère et arriver au sol. Il convient de distinguer
trois choses :
· les phénomènes accompagnant une météorite
sont observés, à savoir lueur, bruits, et on la voit tomber sans
pouvoir la retrouver (chute dans la mer, dans une région désolée
et inaccessible,…)
· les phénomènes accompagnant une météorite
sont observés, on la voit tomber et on la retrouve, entière ou
fragmentée, en totalité ou en partie : c'est une chute au sens
strict.
· Par pur hasard, ou à la suite d'une campagne de recherches systématiques,
on trouve une météorite sur le sol, tombée on ne sait quand
exactement : c'est une trouvaille.
Chaque chute de météorite ou trouvaille porte le nom du lieu
géographique concerné, ce qui n'est pas si simple car il peut
y avoir fragmentation. Une chute multiple se répartit sur un vaste territoire
et le problème s'est posé en France avec son maillage serré
de communes. Dans certaines zones désertiques les emplacements sont parfois
mal localisés et leur traduction très variable selon la langue.
Enfin, en ce qui concerne les trouvailles, rien ne prouve que ce soit le lieu
de chute et l'on en a un exemple en France même : la météorite
de La Caille dans les Alpes Maritimes est connue depuis 1828. Elle servait alors
de banc devant l'église, les personnes âgées disant à
l'époque qu'elle venait du Mont Audibergue, à dix kilomètres
au sud-est de la ville. Elle est maintenant au Muséum de Paris.
Bref historique de la connaissance des météorites
Des armes et des outils datés de 3000 ans avant J.C, après analyse,
ont révélé une composition très particulière,
un alliage de fer et nickel, du fer "météoritique".
Des colliers et des perles de la première dynastie égyptienne,
remontant à 3200 ans avant J.C, trouvés à Guizèh
en 1911, étaient eux aussi faits de "fer météoritique".
De nombreuses chutes de météorites ont été consignées
par les auteurs grecs, comme Diogène d' Appolonia, Pline l'ancien, Plutarque,
qui citent celles de la Crête, 1478 av J.C et 1168 av J.C, de la Béotie
, 1210 av J.C, du mont Alba, 652 av J.C, de la Trace, 470 av J.C, d'Egos Potamos
, 465 av J.C.
La même pierre météoritique adorée sous le nom d'Elagabale
par les Phéniciens, de Cybèle par les Phrygiens et de Jupiter-Amon
par les Lybiens, était noire et pyramidale.
On possède un certain nombre de monnaies méditerranéennes
et mésopotamiennes frappées d'un char tirant cette météorite.
Beaucoup considère la célèbre pierre noire de la Kaaba
de la Mecque comme un fragment de météorite, mais l'interdiction
d'altérer cette "relique" maintient l'incertitude. Il est à
noter que cette pierre noire était adorée avant le mahométisme
et la légende dit qu'elle aurait été apportée sur
la terre à Abraham par l'archange Gabriel.
Le temple d'Ogi au Japon abrite la plus ancienne météorite connue
et encore conservée aujourd'hui, les indous vénèrent également
de telles pierre. En chine, la première mention remonte à 644
(ou 687) avant J.C.
En Europe occidentale, au moyen âge, on ne reconnaissait pas les phénomènes
météoritiques, les assimilant à la foudre.
En France, le chute de météorite à Luponnas, dans la Bresse
en 1753, rapportée par un astronome, Jérôme de la Lande,
n'entame pas le scepticisme général malgré un exposé
clair et irréfutable.
En 1769, quand l'abbé Bachelay fait parvenir à l'académie
des sciences la relation de la chute de pierre de Lucé, Sarthe, du 13
septembre 1768, accompagnée d'un échantillon, une commission d'étude
est enfin constituée, avec entre autre le célèbre Lavoisier.
Ils soutiennent dans leur rapport que : " la pierre ne doit point son origine
au tonnerre… Elle n'est pas tombée du ciel… (il s'agit) d'un
grès pyriteux ordinaire frappé à terre par le foudre…
Toute origine autre n'est que le fait de l'imagination…".
Malgré d'autres rapports dans toute l'Europe, la science officielle reste
sur la réserve.
Il faudra attendre la chute de L'aigle, dans l'Orne, en 1803, pour que le gouvernement
envoie enfin le physicien Jean-Batiste Biot pour établir un rapport sur
un phénomène mystérieux et une pluie de pierres. Le tournant
est pris définitivement.
Les S.N.C ou "Mars Attack"
Pourquoi S.N.C ? C'est abréviation des trois chutes principales : Shergotty,
Nakhla, Chassigny (France). Ces météorites sont réputées
être de la roche martienne.
Elles ont une composition typique en isotopes stables de l'oxygène et
sont bien différentes de toutes les autres classes de météorites.
La roche a cristallisé à partir de magmas de type basaltique,
il y a environ 1,3 milliards d'années, à priori sur mars.
Les gaz inclus dans les minéraux de ces météorites ont
une composition identique à celle de l'atmosphère martienne mesurée
par les sondes "Viking" en 1976.
De la vie sur Mars ?
En 1996, la NASA annonce la découverte de traces fossiles de vie dans
une météorite d'origine martienne, récoltée en 1984
dans les glaces de l'Antartique.
L'étude scientifique montre qu'après un voyage de 16 millions
d'années dans l'espace, elle aurait séjourné dans les glaces
de l'Antartique durant 13000 ans !
Les traces de vie les plus convaincantes étaient des traces fossiles
de molécules organiques simples tapissant des carbonates dans les fissures
de la météorite.
La datation de ces carbonates donne 4 milliards d'années.
C'est donc sur cette surface que sont observées des structures allongées
de quelques dizaines à quelques centaines de nanomètres de long.
D'après la NASA, il s'agissait de fossiles de vie, les martiens existaient…
MAIS…il était une fois…
La passion d'un homme, Alain Carion…
Aventurier passionné par la traque de météorite, il exploite
toutes les sources d'information. Il est donc un fidèle de la bibliothèque
du Musée d'Histoire Naturelle de Paris, car comme toujours, c'est dans
les livres que tout commence : "Montre moi ce que tu lis, je te dirais
qui tu es…"
Fin des années 80…Une fois de plus à la recherche de renseignements,
il tombe sur ce qu'il cherchait : un rapport du célèbre minéralogiste
Lacroix, avec cartes et descriptions. Ce rapport donne des informations sur
la chute de Tataouine, en Tunisie, du 27 juin 1931. Ce soir la, il est minuit
lorsque un soldat de garde, stupéfait, voit s'abattre du ciel une boule
de feu. Il réveille la caserne, et de suite les militaires trouvent sur
le lieu d'impact supposé de drôles de cailloux. Douze kilogrammes
sont récoltés, et la trace d'un impact est localisé. Le
tout est envoyé au muséum de Paris et Lacroix rédige le
fameux rapport qu'Alain Carion consulte.
Son projet ? Retourner sur place et retrouver des échantillons de la
météorite.
Il se rend sur place et, après de difficiles recherches, il retrouve
le cratère d'impact et autour, il découvre des restes de la météorite,
il en récoltera plusieurs kilogrammes, répartis en 4000 pièces.
Ce type de météorite est identifié comme provenant de l'astéroïde
Vesta.
Des spécimens sont donnés au muséum de Paris, les choses
en restent là jusqu'à l'annonce de la NASA de traces fossiles
de vie dans un type particulier de météorite.
Suite à cette annonce, un jeune chercheur du laboratoire des sciences
de la terre d'Angers, Jean-Alix Barrat, fidèle client d'Alain Carion,
est plus qu'intrigué par cette nouvelle, le scepticisme le domine même.
L'idée lui vient d'étudier de plus près ce mystère
en étudiant la météorite de Tataouine dont la roche est
proche de celle de la météorite de la NASA. Il réétudie
les publications sur son sujet, et surtout, il analyse deux échantillons
de Tataouine achetés deux ans plus tôt à Alain Carion.
Il retrouve les même traces que celle décrite par la NASA !!!
De la vie sur l'astéroïde Vesta aussi ? Trop improbable voire même
absurde eu égard aux conditions géologiques et climatiques régnant
sur cet astéroïde.
Il étudie ensuite les spécimens du muséum de Paris trouvé
en 1931. Là pas de trace de vie…
Après d'autres études et la collaboration d'autres chercheurs
français, le verdict tombe, les traces sont celles de bactéries
bien terriennes qui se sont développées après la chute…
La Nasa avait tout faux et les français découvraient par ces recherches
les plus petits organismes vivants connu sur terre. Une importante découverte
était faite.
Belle histoire non ?
Une météorite truffée de diamants plus vieux que le soleil
!!!
La chute d'Allende s'est produite en février 1969, c'est une météorite
primitive connue en de rare et petite quantité avant cette date. Très
étudiée, on a découvert que les inclusions blanches qu'elle
contient sont parmi les éléments les plus vieux du système
solaire. Elle est aussi truffée de microscopiques diamants qui proviennent
de diverses supernovaes qui entouraient le nuage pré-solaire.
Chute de météorite en France, quelques histoires…
Rochechouart-Chassenon
La France n'a pas été épargnée par la chute d'une
énorme météorite.
Il y a 210 millions d'années, au milieu du Trias, un objet extraterrestre
d'un kilomètre de diamètre s'écrasait près du petit
village de La Valette, situé entre Rochechouart et Chassenon , aux confins
du Limousin et de la Charente.
L'effet a dû être destructeur dans un rayon de plusieurs centaines
de kilomètres, avec, comme toujours, un terrible effet de souffle, des
projections de débris rocheux incandescents allumant des incendies, l'émission
de gaz toxiques dans l'atmosphère. La profondeur de pénétration
fut d'environ six kilomètres !!!
Les roches locales ont conservé la mémoire de cet événement.
Ce sont les brèches d'impact qui peuvent être encore récoltées
sur place, dans un rayon d'environ dix kilomètres autour de La Valette.
Après un temps aussi long, le cratère est complètement
érodé, aucune structure originale, telle que cavité, bordure,
pic central, n'a été conservée.
1492, année historique : Christophe Collomb découvre l'Amérique
et la chute d'une météorite en Alsace est observée
Le 7 novembre 1492, entre 11 heures et midi, une grosse météorite
tomba près du village de Ensisheim, sa chute fut suivie par un jeune
garçon, et elle fut donc retrouvée rapidement.
La nouvelle se répandit dans toute l'Europe, de nombreux savants se penchèrent
sur la question. Cette chute eut aussi des répercussions politiques,
certains y voyant un signe en faveur de la déclaration de la guerre par
Maximilien d'Autriche à Charles VIII, roi de France.
Livres à lire :
Météorites, d'Alain Carion.
Les météorites et leurs impacts,1997, Masson, Paris.
Les météorites, "collectif", 1996, Bordas et MNHN de
Paris.
Alain Carion découvrant une météorite
dans le désert
Exposition de la collection de météorites d'Alain
Carion au musée de minéralogie de l'Ecole des Mines de Paris.
Météorite de plusieurs dizaines de kilogrammes, tombé
à Gibbeon, en Namibie.
Coupe de météorite. |